Colloque 2021 : Aux marges…

Graphisme: Farah Jemel // Image de fond: Inconnu, Livre d’heures de Maastricht, folio 115 recto (détail), vers 1300-1325.

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L’Association des cycles supérieurs en histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal est à la recherche de communications sous le thème Aux marges de la représentation, représentation de la marge. Les dossiers psautiers seront présentés lors d’un colloque en ligne au mois de mai 2021 et feront l’objet d’une publication collective, dont le lancement aura lieu en septembre 2021.

Le concept de marge traverse l’histoire globale: il signifie, dans une société donnée, l’établissement d’une limite entre un centre – ce qui est accepté, primordial et donné comme universel – et ses marges – ce qui se situe aux extrémités de cette société, ce qui devient l’obscur et le particulier. Dans l’Europe du Moyen-âge, par exemple, existait ce qu’on nomme drôleries : il s’agissait de dessins étranges, satiriques, souvent outranciers et ouvertement anti-cléricaux, se trouvant en marge du texte des psautiers et des livres d’heures, ouvrages destinés à un usage privé chez l’aristocratie. Ces images apparaissent dès le XIIIe siècle, dans des manuscrits qui, a priori, ne sauraient contenir de représentations aussi provocantes. Comment se fait-il que l’Église accepte – ou plutôt tolère – de telles illustrations ? Dans la conception de l’Europe occidentale médiévale, c’est au centre que se trouve le sacré, ce qui importe réellement : au centre de l’église (au choeur) se produit le contact entre le contingent et l’au-delà ; la ville se construit autour de l’église, érigée en son centre. Plus on s’éloigne de ce centre, plus on se retrouve dans les bois, dans les marges de la société : c’est là qu’on trouve brigands, monstres, chimères. À l’image de la société, au centre de la page se trouvait donc le Verbe, qui permet un contact avec le Divin ; dans les marges se trouvait l’énigmatique, le sombre, l’obscur.

Qu’en est-il aujourd’hui ? La marge demeure présente dans la conscience populaire : en contrepoint avec une culture mainstream existerait des cultures alternatives, underground, invisibles dans l’oeil médiatique, alors que celui-ci se présente comme une vision complète de la société. Ces milieux artistiques, culturels, sociaux et sexuels se placent volontairement en marge du système utilitariste/capitaliste : ils deviennent, pour ainsi dire, des alternatives, des points de fuite. Au contraire, bien des communautés – LGBTQ+, racisées, politiques – se sont retrouvées malgré elles en marge de l’acceptable, forcées dans ces espace cachés.

Est-il possible que la marge – qu’elle soit imposée ou choisie – devienne un positionnement critique, une lutte ? Qui plus est, la limite entre la marge et le centre est devenue de plus en plus poreuse avec la venue des nouveaux systèmes de communication depuis le tournant du millénaire : l’internet a eu pour effet de décentraliser le régime médiatique, permettant à certain.e.s d’attendre un auditoire auparavant inaccessible, faisant émerger de la marge ceux et celles qui auparavant on aurait voulu faire taire. Alors que cela a pu faire ressortir de nouvelles avenues de libération et des voies esthétiques largement inédites, apparaît également un nouveau terreau pour la haine, l’autoritarisme et la violence.

L’ACSHA recherche des communications qui touchent aux notions de marges et de représentation et ce, de toutes les époques. Les thèmes abordés peuvent concerner – sans toutefois s’y limiter – les questions suivantes :

Inconnu, Livre d’heures de Maastricht, folio 115 recto (détail), vers 1300-1325.
  • La représentation à l’intérieur des milieux artistiques alternatifs et underground, et la représentation qui en est faite;
  • Les arts, les écritures de la périphérie régionale et globale, de même que leur relation avec le centre ;
  • Le rôle de la représentation dans la relation entre la marge et le pouvoir normatif (hétéropatriarcal, blanc, capitaliste);
  • L’image et le récit non-officiels ou populaires (caricature, folk-art, légende, zine, etc.);
  • Le rôle des institutions – gouvernementales, muséales, commerciales – dans le processus de marginalisation culturelle;
  • L’image ou le texte en dehors du cadre – marginalia, hors-champ, etc.

L’ACSHA invite les étudiant.e.s aux cycles supérieurs dont les recherches théoriques ou esthétiques abordent ces thématiques, à soumettre une proposition de communication d’une durée de 20 minutes. Les soumissions devront contenir les informations suivantes, combinées dans un seul document PDF :

  • Une courte biographie (150 mots);
  • Un titre et une présentation préliminaire du contenu de la communication (300 mots);
  • Au besoin, un maximum de 5 images permettant de cerner la proposition.

Veuillez noter que tout dossier incomplet sera refusé d’emblée. L’équipe de l’ACSHA acceptera les candidatures jusqu’au lundi, 1er février 2021, 23h59, via acsha.colloque@gmail.com.